L’entreprise anglaise

La derniere maison successeur

Aux environs de 1898 Louis-Philippe-Eugène Audemars (mon grand-père) est arrivé à Londres où il voulait restaurer les fortunes de la famille. L’entreprise successeur de son père (« Louis Audemars & Cie ») était alors en phase terminale.

Louis-Philippe- Eugene Audemars (C)

Louis-Philippe avait complété ses apprentissages d’horlogerie mais nous n’en connaissons pas les détails. Il avait environ neuf ans au moment de la faillite de l’ancienne maison, donc on peut supposer qu’une partie de sa formation doit s’être déroulée dans les ateliers de son père.

Il avait à peu près 22 ans quand il arriva à Londres sans beaucoup de biens, autres que ses vêtements. Il a trouvé un travail comme réparateur chez un M. Baume (devenu plus tard Baume et Mercier).

Les détails de l’histoire ne sont pas connus mais – selon mon père – il aurait « dû » se marier avec la bonne (Mina Küffer, une Suisse Allemande de Morat) de Mme Baume, qui était enceinte de lui. Après le mariage (selon la tradition de la famille, mais non vérifié, et certainement pas vérifiable aujourd’hui !) les Baume auraient licencié les deux amoureux.

L’enfant – Louis-Fernand-René – naquit en 1901 et a fait avec le temps une carrière brillante en tant que professeur de langues anciennes, et de l’histoire classique.

Marcel (mon père), le deuxième fils est né en 1903.  Un troisième est mort en bas-âge et en 1909 naquit le cadet de la famille, mon oncle Pierre, précedé par ma tante Antoinette.

Grandpa & Family (C)

D’abord la famille habitait l’est de Londres – un endroit assez désagréable à l’époque.  Plus tard elle a déménagé vers le nord de la ville mais je ne suis pas certain de l’endroit précis.

Quand je suis né en 1939, mon grand-père avait habité, depuis bien des années, une très belle maison à Hendon dans les environs du nord-ouest de la ville. Donc il faut croire que Louis-Philippe avait prospéré. Comme maints émigrés il rêvait toujours de réintégrer son pays natal, mais malgré ses visites fréquentes, il mourut à Londres en 1954.

Son père (Louis Audemars-Valette) ne fait aucune mention de son fils aîné dans sa « Notice historique ».  On a dit que ce n’était pas parce qu’il a dû se marier mais parce que c’était avec une Suisse-allemande !  Mais quelqu’en était la raison, c’est évident qu’il y avait de la discorde entre père et fils.

Nous ne savons pas exactement quand il a établi la quatrième (et dernière) maison successeur, Louis Audemars & Co à Londres mais il est certain que c’était bien avant le déclenchement de la première guerre mondiale – probablement aux environs de 1910.

1916 London Gazette entryCette supposition a été récemment confirmée, au moins partiellement, quand M David Boettcher m’a envoyé cette annonce de la « London Gazette » de la dissolution en 1915 d’une coopération entre Louis et un M. Worral Hodges. Le même extrait confirme que Louis continuerait indépendamment et à son propre compte, sous la raison commerciale « Louis Audemars & Co » au 66 Hatton Garden – centre Londonien du commerce en montres et joaillerie. L’entreprise continuait à cette adresse jusqu’à ce que le bâtiment soit détruit par une bombe allemande pendant le « blitz » de Londres des années 1940, quand elle a été installée dans la maison familiale de Louis.

Au cours de ses recherches de l’histoire de la société Patek Philippe M Philip Poniz a découvert cette publicité, datée 1909, qui précise Louis Audemars en tant que leur agent à Londres.Patek AD 1909 (600x518)

L A & Co Invoice Heading (C)Marcel, mon père, qui avait complété sa formation horlogère et ses apprentissages en Suisse, doit avoir rejoint l’entreprise au début des années 20.  Bien que Pierre n’ait pas fait  d’apprentissage horloger, il était actif dans l’entreprise jusqu’au déclenchement de la seconde guerre mondiale.

Louis et Marcel achetaient des montres et mouvements des fabriques suisses et les revendaient à plusieurs détaillants, pour la plupart Londoniens.  Les boites en or seraient fabriquées à Londres selon les règlements britanniques, par la « City Watch Case Company » et Louis emboitait les mouvements lui-même. Les cadrans étaient peints par M. Walters de Clerkenwell.

Louis-Philippe-Eugene (C)Les cadrans étaient signés soit avec les noms des détaillants – Mappin & Webb, Garrard, J W Benson &c – soit avec la marque de la maison « Audemars » (pas de « Louis »).  (Les mouvements seraient normalement signés « Audemars » par les fournisseurs Suisses).  Leurs produits (surtout ceux des années 40 et 50) peuvent être distingués par cette marque :

AudemarsMalgré que leur valeur ne soit pas énorme, leurs produits sont assez rares – surtout les montres dames en or ou plaquées or (et s’il y a quelqu’un parmi mes lecteurs qui dispose d’une montre dame avec cette marque, je serais bien intéressé).

Marcel & Kathleen (C)Une autre notice de la « London Gazette » annonce la dissolution en décembre 1953 de l’association entre Marcel et son père, (Louis s’était déjà effectivement retiré des affaires).  Après le décès de mon grand-père en 1954 mon père a continué le commerce basé sur notre maison à Hendon.  Mais sa santé n’avait jamais été bonne et il n’avait plus le courage nécessaire pour confronter l’accroissement catastrophique de la concurrence qui suivait la baisse des contrôles de l’importation des montres. Bien avant son décès en 1968 l’entreprise était effectivement défunte.

Une annonce de dissolution dans la « London Gazette » du 22 avril 1969 signala la fin de la marque « Louis Audemars » ainsi que de cent cinquante-huit ans d’histoire horlogère.

Arms (a)

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